Observations de l'ACCAP en réponse au document de consultation publié récemment par l'ACFC, « Vers l’adoption d’une stratégie nationale pour la littératie financière – Étape 1 : Renforcer la littératie financière des aînés »


Date de parution : 07/14/2014
Personne(s)-ressource(s) : Leslie Byrnes

14 juillet 2014

Madame Jane Rooney
Chef du développement de la littératie financière
Agence de la consommation en matière
financière du Canada
427, avenue Laurier Ouest, 6e étage
Ottawa (Ontario) K1R 1B9
Soumis par courriel à : consult@fcac.gc.ca

Madame,

L'Association canadienne des compagnies d'assurances de personnes (ACCAP) est heureuse de soumettre ses observations en réponse au document de consultation publié récemment par l'Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC) : Vers l’adoption d’une stratégie nationale pour la littératie financière – Étape 1 : Renforcer la littératie financière des aînés.

Établie en 1894, l'ACCAP est une association à adhésion libre qui représente les intérêts de ses membres, les assureurs de personnes. Ces derniers détiennent 99 p. 100 des affaires d'assurances vie et maladie en vigueur au Canada et gèrent environ les deux tiers des régimes de retraite au pays. L’industrie des assurances de personnes contribue au bien-être financier de plus de 27 millions de Canadiens en leur offrant un large éventail de produits de protection financière, notamment l’assurance vie, les rentes et l’assurance maladie complémentaire. Les assureurs de personnes versent en prestations 76,2 milliards de dollars par année, soit près de 1,5 milliard de dollars par semaine, aux titulaires de polices et à leurs bénéficiaires; plus de 90 p. 100 de ces sommes sont versés aux assurés de leur vivant.

L'industrie des assurances de personnes félicite l'ACFC de cette consultation, qui arrive à point nommé. Nous sommes d'accord avec les buts énoncés dans le document, à savoir :
· amener davantage de Canadiens à se préparer financièrement pour leurs vieux jours;
· donner aux aînés les moyens de planifier et de gérer leurs affaires financières;
· mieux faire comprendre les prestations publiques aux aînés;
· offrir d’autres outils pour lutter contre l’exploitation financière des aînés.

Bien que tous ces objectifs soient importants, nos observations portent principalement sur le premier d'entre eux. Nous croyons que la mise en place de conditions qui permettront aux aînés, et à l'ensemble des Canadiens, de prendre en main leur planification financière est essentielle au succès de la stratégie pour la littératie financière. Plusieurs facteurs incitent les gens à s'engager dans ce sens :

A. Avoir accès à des régimes d'épargne, surtout en milieu de travail
B. Avoir accès à des renseignements clairs sur les instruments d'épargne
C. Avoir accès à des conseils
D. Connaître les sources de revenu de retraite (régimes de retraite d'employeur, épargne personnelle, prestations publiques) et planifier ses dépenses à la retraite
E. Surmonter l'inertie et passer à l'action

Ci-dessous, quelques commentaires concernant chacun de ces facteurs.

A. Avoir accès à des régimes d'épargne, surtout en milieu de travail
Il existe un certain nombre de véhicules pouvant servir à constituer une épargne-retraite, comme les régimes de retraite au travail, les régimes comportant un encouragement fiscal, tels les régimes enregistrés d'épargne-retraite (REER) et les comptes d'épargne libres d'impôt (CELI), et l'épargne personnelle. Or, certains Canadiens ne tirent pas pleinement avantage de ces véhicules, malgré les importants efforts déployés pour les promouvoir; l'inertie et des besoins concurrents l'emportent bien souvent sur l'épargne-retraite. Et, fait encore plus inquiétant, même s'il a été démontré que c'est en milieu de travail qu'il est le plus facile d'épargner, plus de la moitié des Canadiens n'ont pas accès à un régime de retraite au travail.

Les objectifs de politique publique en matière de littératie financière et de sécurité du revenu de retraite sont aujourd'hui harmonisés et interreliés en ce qui concerne l'épargne-retraite. Dans son rapport, le Groupe de travail (national) sur la littératie financière a recommandé que « les employeurs offrent des programmes et des outils d'épargne automatique afin d'encourager les Canadiens à pratiquer l'épargne durant toute leur vie ». L'instauration des régimes de pension agréés collectifs (RPAC) par le gouvernement fédéral et ceux de plusieurs provinces est une contribution majeure dans ce domaine.

Les RPAC constituent une solution simple et peu coûteuse permettant aux employeurs d'offrir des régimes de retraite au travail. À notre avis, il n'est pas excessif d'obliger les employeurs à fournir à leurs salariés un moyen d'épargner au travail. Par conséquent, nous encourageons les autres territoires de compétence à s'inspirer du modèle du Québec, province où il sera exigé des employeurs ayant au moins cinq employés qu'ils offrent un type quelconque de régime de retraite.

B. Avoir accès à des renseignements clairs sur les instruments d'épargne
On voit mal comment les Canadiens s'intéresseraient davantage à planifier leurs vieux jours s'ils ne comprennent pas les options qui s'offrent à eux. La responsabilité à cet égard est partagée entre tous les intervenants : les fournisseurs de services financiers, le gouvernement, les employeurs, et les particuliers eux-mêmes.

L'industrie des assurances de personnes s'est engagée à mener des initiatives de communication claire pour améliorer l'information sur les produits qui sont importants pour la sécurité financière des aînés, dont les rentes, les fonds enregistrés de revenu de retraite (FERR), les régimes de retraite, l'assurance soins de longue durée et l'assurance vie. À cet égard, nos priorités incluent l'utilisation d'un langage simple et de moyens nouveaux permettant aux consommateurs d'accéder à l'information. Ainsi :
· les contrats sont rédigés en langage plus simple;
· · les notions financières complexes sont expliquées au moyen de vidéos « tableau blanc » simples et attrayantes;
· · les formulaires sont adaptés en fonction des besoins des clients, éliminant ainsi les questions et les champs non pertinents.

Au niveau national, l'ACFC a récemment lancé une excellente initiative ayant pour but d'améliorer l'accès à l'information sur la littératie financière au moyen d'une base de données sur les ressources en ligne. Nous saluons cette initiative et serons heureux d'y participer.

C. Avoir accès à des conseils
Outre des renseignements clairs, les conseils financiers contribuent à améliorer la littératie financière et permet à ceux qui approchent de la retraite de s'y préparer. Constituer des actifs financiers est un élément clé de la préparation à la retraite, et des études indiquent que l'accès à des conseils, en particulier à long terme, a une incidence positive considérable sur les actifs financiers des ménagesi. Reconnaissant cette réalité, le Groupe de travail sur la littératie financière a recommandé que le gouvernement et les intervenants aident les Canadiens « à mieux se renseigner sur le rôle et les effets positifs des conseils financiers offerts par les professionnels ».

L'industrie des assurances de personnes compte plus de 80 000 conseillers titulaires de permis qui rencontrent les Canadiens, souvent autour de la table de cuisine, pour aider ces derniers à cerner leurs besoins financiers aux différentes étapes de la vie. Ainsi, les conseillers aident les Canadiens à comprendre et à prévoir :
· les risques (assurances vie, maladie, soins de longue durée);
· l'épargne-retraite (REER, CELI);
· le passage à la retraite et la gestion financière durant la vieillesse (rentes, FERR).

Les conseillers entretiennent des relations de longue durée avec leurs clients, et ces derniers font souvent appel à eux lors de « moments propices à l'apprentissage » dans leur vie. Comme condition d'exercice, les conseillers entretiennent et améliorent leurs compétences et leurs connaissances au moyen d'une formation continue. Dans le cadre de programmes comme celui de conseiller agréé auprès des aînés, ils se familiarisent avec les processus de vieillissement et les besoins particuliers des personnes âgées.

D. Connaître les sources de revenu de retraite et planifier ses dépenses à la retraite
Les Canadiens doivent non seulement avoir accès à des produits d'épargne-retraite et à des conseils, mais aussi comprendre comment les produits se coordonneront pour leur fournir un revenu de retraite qui réponde à leurs besoins. On l'a dit plus haut, les conseillers peuvent être d'une aide précieuse aux Canadiens lorsque ceux-ci établissent leur plan financier pour la retraite.

Les employeurs et les assureurs qui fournissent des garanties vie et maladie et des régimes de retraite au travail jouent eux aussi un rôle important, notamment pour ce qui est d'aider les Canadiens à y voir clair dans leurs sources de revenu à la retraite. Les renseignements concernant les garanties sont d'habitude communiqués aux salariés sous forme de livret de garanties et au moyen de séminaires et de conseils personnalisés. En outre, les participants aux régimes ont accès à des renseignements individualisés en ligne.

Comme le souligne le document de consultation, les aînés canadiens peuvent faire face à un certain nombre d'événements de la vie ayant une incidence financière importante. Ainsi, de nombreux aînés prévoient des dépenses plus élevées liées au mode de vie, par exemple pour les voyages et les loisirs. D'autres anticipent peut-être des dépenses en raison de besoins changeants en matière de logement. Un aspect crucial, mais moins bien compris, est la nécessité de prévoir les soins de santé et les dépenses s'y rattachant aux différentes étapes de la retraite.

Ces dépenses ont trait à des services divers allant des soins de la vue et des soins dentaires aux soins à domicile, en passant par les médicaments sur ordonnance, les soins en établissement ou d'autres soins de longue durée. Dépendamment des besoins, les coûts peuvent monter en flèche et s'élever à des milliers de dollars par année. Et en général, ils ne sont pas couverts par la Loi canadienne sur la santé, ce qui signifie que les aînés doivent payer de leur poche ou au moyen d'une assurance quelconque. Il est donc extrêmement important d'informer les Canadiens sur ce qui les attend afin qu'ils puissent s'y préparer.

E. Surmonter l'inertie et passer à l'action
Les Canadiens doivent comprendre d’où proviendra leur revenu à la retraite et planifier pour la gamme complète des dépenses qu'ils pourraient devoir engager tout au long de la vieillesse. Pourtant, même avec les meilleures intentions du monde et avec une information solide et compréhensible, les gens ne passent pas toujours à l'action. L'une des raisons pour lesquelles l'épargne au travail fonctionne si bien est la simplicité inhérente au prélèvement automatique des cotisations sur le salaire, qui, sans effort conscient, permet de constituer une épargne-retraite. L'adhésion automatique aux RPAC montre comment l'économie comportementale peut être appliquée pour combattre l'inertie.

En ce qui concerne la stratégie nationale, nous appuyons le projet de l'ACFC de mener une campagne de sensibilisation publique pour renforcer l'importance de se préparer financièrement pour la retraite, et pour inciter les Canadiens à agir. Cette campagne pourrait s'inspirer du programme Participaction, qui a été un grand succès il y a un certain nombre d'années, et être rebaptisée « Participaction pour l'épargne-retraite », ou « Épargnaction ».

Enfin, pour ce qui est d'évaluer les progrès des Canadiens en matière de littératie financière, nous appuyons le projet de l'ACFC de reprendre l'Enquête canadienne sur les capacités financières. L'Agence pourrait aussi envisager de faire le suivi des visites de sa base de données sur les ressources et des réactions suscitées par la campagne de sensibilisation publique, comme moyen éventuel de mesurer la participation des Canadiens aux efforts de littératie financière.

Nous apprécions l'occasion qui nous a été donnée de participer à la consultation et partageons l'engagement de l'ACFC d'améliorer la littératie financière de l'ensemble des Canadiens, y compris les aînés.

Je vous prie d'agréer, Madame, mes sincères salutations.

(originale signée par)

Frank Swedlove


i La valeur des conseils : rapport 2012, L'Institut des fonds d'investissement du Canada. Page 6. https://www.ific.ca/wp-content/uploads/2013/08/La-valeur-des-conseils-rapport-2012.pdf/1650/